
CONCERTS
Festival HIP Opsession : The Alchemist
Si l’on peut passer des allées proprettes bordées de palmiers de Beverly Hills (quartier huppé de Los Angeles) aux briques crasseuses du Queensbridge (à New York), c’est que l’ascenseur social américain fonctionne aussi... en sens inverse ! Pourtant, c’est bien en le prenant dans ce sens que The Alchemist s’est imposé comme un producteur incontournable de rap.
Allan The Chemist est né sous une bonne étoile. Dès 1993, alors que le G-Funk hédoniste de Dr. Dre règne sur la Californie, il se fait remarquer par cette clique qui continue de faire vivre des sonorités brutes et sombres, proches de la tradition new-yorkaise et qui se fait appeler Soul Assassin. Le collectif emmené par Cypress Hill et House Of Pain l’embarque en tournée. Il a quinze ans et va partager la weed de B-Real (la voix nasillarde du crew), mais surtout découvrir la SP-1200 du producteur maison : DJ Muggs. Ce dernier l’initie au sampling et le forme lors de la confection de Temple Of Boom, le troisième (et meilleur ?) album de Cypress Hill.
A la fin des 90’s, notre jeune blanc vole de ses propres ailes et en fait profiter ses potes, parmi lesquels Dilated Peoples. Il produit quelques-uns des premiers classiques du groupe (The Plateform...). Leur marque, une allégeance à la culture hip-hop et un son boom-bap à base de samples et de beats brutaux lorgnant clairement vers la grosse pomme...
New York... À force d’y penser, Alchemist s’y installe, troquant les plages ensoleillées contres des buildings gris et perdant au passage sept degrés de température moyenne. Très vite, il se fait remarquer par le duo Mobb Deep qui ne connaît pourtant pas son travail californien. Le groupe a déjà un immense producteur en la personne d’Havoc, mais Alchemist parvient à se faire une place et réinvente l'esthétique Queensbridge. Alors en perte de vitesse, ce son minimaliste et froid aux beats cinglants et lourds personnifiera l’univers du quartier les dix années à venir. Et les groupes underground (Cryhme Fam, Infamous Mobb...) comme les plus grands (Kool G Rap, Nas...) se l’arracheront.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais notre passionné ayant plus d’une corde à son arc, il se révèle également excellent scratcheur et devient DJ d’Eminem. Rappant également, il sort deux albums solo (First Infantry en 2004 et Chemical Warefare et 2009). Si son maniement du micro n’égale pas sa maîtrise des sampleurs, la qualité des productions et la présence d’invités sur chaque titre assure à ses disques de grands moments de composition.
Entre-temps, Alchemist le producteur a démontré qu’il ne se contentait pas de rabâcher des formules éculées. Il réussit le tour de force de préserver son style tout en renouvelant sans cesse l’utilisation de samples que certains considéraient comme des vestiges du passé. Pour preuve, Return Of The Mac, mixtape de Prodigy, qu’il produit entièrement en 2007, créant un univers gorgé de soul, quelque part entre paranoïa et autocélébration désespérée. Une résurrection pour le rappeur de Mobb Deep. Ce coup de maître marque le début de collaborations sur des longs formats, parmi lesquels on peut compter l’hypnotique Covert Coup avec Curren$y ou Step Brothers en compagnie d’Evidence. Alchemist s’associe parallèlement à Oh No, rappeur/producteur de l’écurie Stone Throw, pour former Gangrene. Le duo révèle ses penchants pour les ambiances malsaines dans un premier album paru en 2010 (Gutter Water). Une suite encore plus psychédélique est prévue pour janvier. Toute cette folie promet de s’exprimer pleinement sur scène dans un TNT, pour l’occasion, sans gradins.
Gangrene en concert le 16/02 au TNT
Dilated Peoples en concert le 19/02 à Stereolux
Robin Foster : fost-rock
Peter Brötzmann : des souffleurs de rêve
Von Pariahs : plaisir (encore) inconnu
Chausse-Trappe : you talkin' to me ?




