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EXPOSITIONS

Interview : Hou Hanru

« Le missionnaire » meut par la « sagesse orientale ». Les clichés ne manquent pas sur Hou Hanru. Ça tombe bien, nous avons interrogé ce commissaire d’exposition sur les stéréotypes de l’Occident à l’endroit de l’art contemporain chinois. Ce professeur au San Fransisco Art Institute, qui a longtemps résidé en France, a invité six artistes au Frac, dans le cadre des XXVe Ateliers Internationaux.

Pourquoi avez-vous accepté d’être le commissaire de Sois naturel sois toi-même, jusqu’au 22/01 au Frac,
La Fleuriaye (Carquefou). www.fracdespaysdelaloire.com
? Comment avez-vous choisi les artistes invités ?

Laurence [Gateau, directrice du Frac, NDLR] est une vieille amie avec qui j’ai collaboré il y a sept ans à la Villa Arson (Nice). Elle m’a proposé d’inviter quelques artistes, j’ai tout de suite accepté. Le travail avec des artistes, ce n’est pas faire un coup sur un projet, c’est un dialogue, un engagement dans la durée. Je connaissais avant les artistes invités. Ils ont besoin de sortir de leur contexte et n’ont pas toujours les conditions pour approfondir leur travail. Je me suis demandé qui pouvait enrichir notre vision de la scène chinoise. On voit souvent des artistes plus connus qui deviennent une propagande du marché. Ici, ils ont une persistance et ne tombent pas dans le cliché de la culture chinoise ou de la dissidence.

D’où le titre Sois naturel sois toi-même ?
Ils sont à la recherche de liberté personnelle, pas simplement d’une confrontation aux grands discours, aux pressions politiques ou économiques. Ils cherchent une pensée indépendante à la fois alternative et consistante, refusent d’être interprétés comme une illustration des idées toutes faites.

Quels sont les thèmes abordés par les jeunes générations ?
Il y a une diversité qu’on n’a jamais connue. Certaines choses sont assez présentes : l’urbanisation, la société de consommation, le rapport entre l’international et le local. Ces sujets sont universels mais ont une articulation particulière en Chine. Là-bas, tout est à inventer. Les choses sont beaucoup plus denses. Mais il y a toujours un manque de consistance, comme une sorte d’agitprop sur ces sujets. Beaucoup d’artistes travaillent avec des signes très facilement explicables. Pour moi, les artistes intéressants refusent cette approche.

Que pensez-vous des attentes de l’Occident qui caricature souvent l’art chinois à la dissidence ? L’intérêt des médias pour la situation d’Ai Weiwei est-il représentatif ?
Oui, on continue de développer cette approche néocoloniale. Les droits de l’homme deviennent un outil manipulé dans un rapport de pouvoir. On a tendance à simplifier la notion de dissidence, à en faire un label. L’histoire d’Ai Weiwei n’est pas un sujet intéressant pour la plupart des artistes. Ils ont autre chose à faire. Ai Weiwei un profiteur du système depuis longtemps.

C’est-à-dire ? …
Quand on est riche on peut râler (rires) !

Le regard des Occidentaux évolue-t-il ?
Pas beaucoup malheureusement. On ne se sent pas concerné, ce qui nous culpabilise. Pour résoudre ça, le plus facile est de consommer un signe de dissidence.

Trouvez-vous les expatriés plus critiques que les artistes restés en Chine ?
Cette séparation est de plus en plus floue. Les artistes chinois voyagent beaucoup. Ceux qui vivent à l’étranger rentrent souvent pour produire ou exposer. Je pense que ceux qui ont vécu longtemps à l’étranger ont un regard plus distant. Etre critique, ce n’est pas pointer ce qui est mauvais et ce qui est bon. C’est avoir un engagement dans un processus. La critique des autochtones est plus subtile et complexe. C’est aussi une question de génération, comme en Occident. Les artistes expatriés font souvent partie de l’avant-garde des années 80 et 90. Leur critique est formée par ce contexte-là.

Ce regard s’est-il perdu avec les jeunes générations ?
Il s’est transformé. Ils n’ont pas la même nécessité. Les artistes français qui ont vécu Mai 68 n’ont pas le même regard que les jeunes. Aujourd’hui on est sur la privatisation, le système financier, l’économie ou la généralisation d’une idéologie écologiste, très intéressante à regarder.

Dans les années 80, dont courants sont apparus : le Political Pop et le Xiamen Dada. Tous les deux étaient basés sur des traditions politiques ou religieuses…

… Je pense que ce n’est pas du tout la même chose. Xiamen Dada s’est fait avec un esprit d’indépendance presque anarchiste. Le taoïsme était un prétexte (rires) ! Quelqu’un comme Huang Yong Ping est inspiré par tout ce qui était alternatif : le taoïsme, Dada, Duchamp, John Cage… L’obsession de Xiamen Dada était de réfléchir sur le paradoxe de la pensée humaine. Ils s’intéressaient beaucoup à Roland Barthes, sur le décalage entre le signifiant et le signifié.

Et le Political Pop ?
C’était une fabrication pour le marché. C’est comme la génération de Kosolapov dans les années 80 qui ironisait sur l’avenir de la société de consommation dans la fin du communisme. Le sots art donnait une imagerie qui mélangeait des images de Lénine et de Coca-Cola. Le Political Pop était un clin d’œil qui été absorbé par le marché. On vendait des contre-label de label. C’est malheureux pour les collectionneurs qui ont dépensé de l’argent pour ça.

Parmi les dix artistes internationaux les mieux cotés, cinq sont Chinois. Comment expliquez-vous cette tendance ?
… Je ne sais pas. Je pense qu’il y a tellement d’idiots riches. C’est comme la bourse : on achète des actions qu’on espère vendre plus cher.

Ca n’a pas de valeur artistique ?
Je n’arrive pas à regarder ces peintures plus de deux secondes.

N’y a-t-il pas de travail de qualité parmi ces artistes ?
Pas pour moi. Ce n’est pas mon truc.

Finalement, existe-t-il encore un art contemporain chinois ?
Oui, bien sûr, mais il change constamment.

Propos recueillis par Timothée BLIT


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