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CONCERTS

Interview : Locus Solus

C’est autour d’une table remplie d’outils et de divers matériaux que nous avons rencontrés Rasim Biyikli, Anthony Taillard et Amaury Cornut. Trois musiciens impliqués à différents niveaux dans Locus Solus, festival de musiques rares et d’instruments inventés, qui se tiendra au Pôle étudiant et au lieu unique du jeudi 15 au dimanche 18 mars.

Rasim Biyikli : Studio d’en haut, MAN. Le studio sera ouvert au public pendant le festival pour participer au projet Bobbyland(e)s.
Anthony Taillard : Studio d’en haut, projet Bobbyland(e)s, Immensity of the territory, programmé jeudi 15 mars au Pôle Étudiant.
Amaury Cornut : co-fondateur du label Drone sweet drone, coordinateur de Locus Solus.

On voulait vous rencontrer tous les trois pour avoir votre point de vue de musiciens sur Locus Solus. Quels sont vos coups de cœur dans la programmation ?

Rasim : Tu veux dire les copains ou vraiment la bonne musique (rires) ?

C’est un peu la rubrique « Fan de »…
Amaury : Pour Locus Solus, c’est triste à dire mais c’est un projet qui a été raboté de toutes parts pour des raisons financières par le lieu unique. Ils en sont tristes, Patrick [Gyger, le directeur, NDLR] comme Cyril [Jollard, programmation musicale] et Fred [Sourice, idem]. La liste des musiciens serait brève à énumérer.

L’affiche ne fait pas pitié quand même…

Amaury : Non, loin de là ! Il y a Pierre Bastien, qu’on connaît très bien au lieu unique… Ce qui ne me semble pas le moins intéressant, c’est le parcours sonore mis en place entre les deux ateliers du lieu unique avec quatre créateurs d’instruments ou d’instrumentarium. Bruno Billaudeau invente de la lutherie expérimentale, il y a un parallèle à dresser avec ce que fait Yuri Landman, c’est le même état d’esprit. Il a des harpes circulaires qui peuvent s’incliner à la verticale et l’horizontale. Des guitares qui sont magnifiques visuellement et qui sonnent très bien. Tout son instrumentarium est très bricolé, entre la lutherie, l’ébénisterie et l’art plastique. Pierre Gordeef récupère plein d’objets dans la rue, il en fait d’énormes sculptures de deux mètres de haut, animées de façon un peu bizarroïde avec des projections, des jeux d’ombres. Val Macé, qui sort des Beaux-Arts de Nantes, a un univers beaucoup plus fin et onirique avec des objets du quotidien animés par ces soins. Ça va du ventilateur au sèche-cheveux, en passant par le rasoir. Il anime tout ça pour en faire une pièce concrète. Lou Barrow collectionne les instruments anciens et fait une démonstration avec un séraphin, un truc remplit de flotte qui se joue aux doigts [des verres musicaux, NDLR] et un énorme cristal Baschet. C’est le dernier instrument construit par le dernier frère Baschet encore en vie. C’est super beau, ça sonne très bien et Lou est un très bon musicien. Il a aussi un dulcimer [de la famille des cithares, NLDR], un énorme rail de gong… Il fait une création autour de ça.

Et toi Anthony, fan de ?
Anthony : Pierre Gordeef parce que… il est complètement taré (rires) !

Pierre Bastien est l’une des têtes d’affiche. Il est connu pour Mecanium, mais c’était en 1988. Maintenant, qu’est-ce qu’il fait ?
Amaury : … Bonne question ! Pour Locus Solus, c’est une formation contrebasse, batterie,machines et son espèce de petit cornet à piston. À part la formation, ce sera pour moi une découverte. Ce sera déjà un plaisir de le rencontrer, je n’ai pas eu cette chance-là, n’ayant pas l’ancienneté de ces deux lascars (il désigne Anthony et Rasim).

Locus Solus, c’est un festival de musiques rares et d’instruments inventés. N’est-ce pas un risque de réduire ces musiciens à leurs démarches ?
Rasim :
En même temps c’est une musique qui a besoin de visibilité. La thématique résoudrait peut-être ce problème. Il y a un besoin de populariser ce genre de musiques.
Anthony : Réduire quelqu’un à sa démarche, je trouve qu’au contraire ça ne le réduit pas. Il y a des gens qui se mettent dans un style musical et qui se trouvent d’autant plus réduits. Quand tu bosses un instrument, que tu l’inventes, c’est pour t’offrir des potentialités différentes de quand tu en as acheté un chez Michenaud. Pour moi il n’y a rien de réducteur. Mais peut-être que j’ai mal saisi ta question. 

C’était de faire un festival qui part de la démarche et non de la musique…
Rasim :
J’ai l’impression que thématiser un festival, c’est fédérer un contenu autour d’un concept. Ça facilite l’accès pour beaucoup de gens à des musiques qui au premier abord ne sont pas forcément évidentes. Alors qu’ils l’entendent ! Les artistes pop, ce sont des fans de musique qui écoutent des choses absolument incroyables et puisent dedans. Pourquoi ne pas faire découvrir au quidam de base le vrai contenu.

En tant que musiciens, qu’est-ce qui vous a poussé à avoir cette démarche ?
Amaury :
Parce que je suis trop mauvais ! C’est une super alternative à l’absence de virtuosité. C’est l’antithèse du guitariste virtuose. À mon concert à Halstom, la guitare était posée sur scène, on ne me voyait même pas, le projecteur était sur elle. C’était une musique pas du tout virtuose et je ne me suis jamais autant éclaté sur un instrument.

Ça se rapproche de la démarche punk, de contourner la virtuosité. Rasim, on a parlé tout à l’heure de ton amour du bricolage…
Rasim :
C’est une pratique. Avec Anthony on vient de parcours différents. On peut se rencontrer sur pas mal de points. Le bricolage et le test existent depuis très longtemps dans la musique, ne serait-ce que sur l’invention des instruments. Monsieur Sax n’est pas si vieux que ça. L’aventure de la construction d’un piano est passée par des trucs absolument injouables. La nouvelle lutherie c’est quelque chose qui me fait rire : la lutherie ça a toujours été nouveau ! Là il y a une ondes Martenot : Martenot on est en 1910, c’est très nouveau ! La lutherie est lente, elle progresse et c’est des bricoleurs qui la font. C’est une pratique de fans de musique qui essaient d’inventer des nouveaux trucs.

Depuis le début de la saison, les soirées curieuses se positionnent sur les musiques expérimentales. Trouvez-vous qu’elles ont plus de place au lieu unique depuis l’arrivée de Patrick Gyger ?
Rasim :
Seulement pour la musique ?

Tu pensais à quoi ?
Rasim :
La programmation du lieu unique est beaucoup plus vaste que la musique. Elle est marquée par Gyger.
Amaury : Je ne suis pas chargée de communication au lieu unique… Et ils ne m’ont appelé qu’en septembre, je ne suis pas dans la maison depuis longtemps.

Ils ont invité Cable#, il y a Locus Solus…
Anthony :
Il n’y a pas lieu à polémiquer.
Rasim : Mon avis personnel, c’est qu’on sent un renouveau. Le lieu unique aurait pu devenir une vieille institution, s’asseoir sur ses lauriers avec un Jean Blaise. Sans critiquer Jean Blaise : il était le diable à l’époque du CRDC et est devenu le grand dieu. Le fait qu’il cède sa place provoque un renouveau. C’est une nouvelle lecture de ce qu’on peut faire avec une scène nationale. Gyger est en place depuis peu de temps, j’imagine qu’il est arrivé alors qu’il y avait encore une programmation en cours. La couleur Gyger n’est peut-être pas encore très pleine. Il a sans doute dû assumer des programmations qu’il n’avait pas préparées. Mais cette fraîcheur fait du bien. Elle participe d’un élan global avec Le Grand T, Stereolux qui vient juste d’arriver…
Amaury : Le lieu unique a la volonté de laisser plus de place aux acteurs locaux, aux petites structures. Ce qui ne va pas forcément être le cas partout. On va avoir Un week-end singulier. Même si « singulier » est un mot un peu utilisé à tort et à travers, il y a une singularisation de la programmation. Le mot « science-fiction » est banni dans les locaux et dans l’open space en ce moment, il ne faut pas réduire Patrick Gyger à ça, il vient de loin. Je pense qu’il a aussi cette volonté-là d’ouvrir ces portes. L’invitation de Cable# à la soirée curieuse a super bien marché. Il y a une volonté de singulariser la programmation, après ce ne sera pas que de la musique expérimentale ! Et puis qu’est-ce que c’est la musique expérimentale ? L’histoire des poupées russes, la dernière fois par exemple. C’est une soirée qui a cartonné, aussi étrange que cela puisse paraître [Soirée curieuse I love theremin !, lundi 30 janvier, NDLR]. Et ce qui était génial c’est que les avis étaient super partagés. Tu peux demander à Anthony, qui a adoré (rires).
Anthony : Les Japonais sont cruels, ils sodomisent des petites poupées russes avec des thérémines… Ils enferment des gens dans une salle pour les forcer à écouter ça (rires) !

Propos recueillis par Timothée BLIT et Lionel DELAMOTTE

Infos pratiques :

Locus Solus, du jeudi 15 au dimanche 18 mars au Pôle Étudiant et au lieu unique.


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