Voir le Site Citamoslup

CONCERTS

Interview : Rasim Biyikli

À la faveur du Festival Locus Solus, rencontre avec Rasim Biyikli, personnage lunaire dont la vie et la musique semblent se répondre comme en un écho voulant se départir de l’espace et du temps. Des cimes et un Rasim qui court de l’une à l’autre, au cours de ses voyages et de ses rencontres musicales…

Quelle était votre intention, quand vous avez commencé à faire de la musique ?

Avec MAN, l’idée, on ne voulait pas faire un groupe mais faire se rencontrer des gens, les inviter à s’amuser ensemble, à enregistrer et on a fait pas mal de collaborations. Se sont donc greffé des gens comme Anthony Taillard, Eric Morlot…

Qu’est-ce qui t’a conduit à vouloir poursuivre en solo ?
Charles est parti dans un univers que je n’avais pas envie de défendre… même s’il reste un superbe ami. Il a voulu partir dans son projet avec un clin d’œil à MAN en l’appelant Oldman. C’est vrai que dans Man, on l’appelait toujours « le vieux » car c’était le plus âgé. Il est probable qu’un jour Charles viennent poser des lignes de basse dans Man. Et le groupe continue plutôt de façon solo mais avec des interventions de Tom, Smooth, de Sylvain Chauveau, de Marihiko, de Natsuko, de Carlos d’Orange Blossom, de… Il faudrait que je regarde sur mon disque dur pour les citer tous ! Musicalement, ce qui m’a toujours poussé, c’est la notion d’envie et des histoires de paysage, des inventions de paysages, l’intention de faire des parcours. Maintenant, je suis seul dans le labyrinthe donc je suis seul à décider de la direction que je veux prendre. Et ça me plait aussi, par exemple, d’appeler Anthony (Taillard) à un moment où je ne sais plus où aller et qu’il m’envoie des univers absolument incroyables et je m’aventure dedans, c’est très chouette.

Tu restes guidé par le piano avant tout ?
Ma structure classique forte, c’est le piano. Piano, harmonie… Après, j’aime beaucoup m’aventurer avec des « toys », de la guitare, de la basse… Je n’ai pas d’instrument de prédilection…

Peux-tu parler de ta résidence au Japon ?
Je suis resté un peu plus de six mois à Kujoyama. Belle aventure. J’y suis retourné en septembre dernier, juste après le tsunami, revoir tous les amis. Et j’avais pour mission, par le lieu unique, de ramener un plateau. Je n’ai pas de talent de programmateur alors j’ai proposé des choses à Cyril Jollard pour ce qui a eu lieu à mi-novembre au Lieu Unique. J’avais des amis sur Kyoto avec lesquels j’avais un enregistrement de prévu et c’était simple de leur proposer de venir. Ce qui a fait un plateau étrange car c’était vraiment de la « pop jap’ » !

Presque de la variété !
Oui ! Mais c’est très fort au Japon. C’est la moins lisse, la moins… « barbelivienne » de la pop au Japon ! Et quand tu y vis pendant six mois, tu te dis Marihiko (Hara) et Natsuko (Yamaginoto), ils sont quand même téméraires ! Parce que, là-bas, c’est surprenant, ce qu’ils font... même si, ici, ça reste de la pop de base…

Il y a quand même d’autres groupes plus fous et connus, là-bas, comme les Boredoms…
Mais, justement ! Là, ça faisait un plateau assez bizarre car je fais une musique assez douce et amener un truc pop, c’était plus étonnant. Et puis, aussi, j’étais limité dans un budget et, en invitant Marihiko et Natsuka, j’avais deux groupes en un, pour le même budget. Sinon, il y avait bien entendu l’option « Jap’ tarée » mais je crois que Gyger (directeur du LU, ndlr) préfère faire un évènement par lui-même, sur 15 jours, en invitant la crème de la crème… mais je n’avais pas ces budgets-là !

Qu’est-ce qui te pousse à avoir des projets sur plein de médias différents ?
Dès le début, en ce qui concerne les musiques de film, on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas tant de musique instrumentale que tu peux mettre sur le l’image. Les gens courent après. Et très rapidement, MAN a été sollicité pour de la musique à l’image. Et on a fait un nombre de musiques de film que je ne calcule plus !

C’est un bon exercice et sans doute un bon apport financier, je suppose…
Pas tant que ça. Mais, il y a assez longtemps, on avait un apport financier via le film institutionnel. Mais, vu la musique que l’on fait, ça n’est pas Spielberg qui nous appelle. Ce sont des budgets avec deux saucissons et un bout de fromage et on nous donne droit à un petit peu de fromage, quoi ! Mais on reste dans le dispositif intermittent du spectacle, on arrive à produire des choses… Il y a ce studio… J’ai eu une fois un orchestre symphonique mais c’était exceptionnel.

Quel but vises-tu à travers ce studio ?

Il y a deux choses qui m’ont fasciné dans la musique : avant tout : les structures harmoniques et l’orchestration. Des choses assez classiques… L’autre truc qui m’a fasciné, sinon, c’est cette curiosité de pouvoir manipuler le son, le triturer. Petit, j’étais un grand fan de musique contemporaine, de Xenakis à – mon dieu vivant – Olivier Messiaen [mort en 1992, ndlr]. Quand j’étais gamin, on n’avait pas de sequencers à 50 euros comme Garage Band. Imagine, si ça avait existé à l’époque, il aurait coûté 10 000 euros, ça aurait été inaccessible ! On a récupéré le 8 pistes à bandes de Dominique A qui a un son minable ! (rires) On achetait ça des fortunes ! C’était fascinant ! Mais dès que j’ai eu les moyens d’acheter un sampler, je suis vraiment devenu un fana de son.

C’est peu commun d’écouter de la musique contemporaine quand on est petit. Comment en es-tu venu à ça ?
...

C’est parce qu’en Turquie, tous les enfants écoutent de la musique contemporaine ! (rires)
Voilà ! Ca, c’est bien ! Tout simplement ! (rires) Ah, je ne sais pas… Je vais dire peut-être un peu comme tous les gamins qui se mettent à écouter du rock pour faire chier leurs parents… C’est généralement ce qui se passe. Il y avait sans doute un côté rébellion. Et c’est vrai que très vite, j’ai été séduit par l’IRCAM, j’habitais à Paris, à l’époque. J’étais place Stravinsky constamment. J’étais déjà passionné par l’harmonie et, à Beaubourg, il y avait des partitions… C’était un des rares endroits où il y avait des partitions d’orchestre. De Chef d’orchestre ! Et quand tu as 10 ans, que tu fais un mètre vingt, et que tu as ces trucs gigantesques. Par rapport aux structures harmoniques que je connaissais, avec l’écriture bien proprette, là tu avais des « clusters », selon les compositeurs, ils sont écrits de façons complètement différents, ça sort complètement du solfège original. Et c’était fantastique pour moi !

C’est d’autant plus étonnant puisque tu es autodidacte…
Ouais… Mais, bon, ça, c’est des rencontres, des échanges… J’ai dû commencer à jouer de la musique vers sept ou huit ans mais je suis un mauvais pianiste. Je suis mauvais en tout mais je triture plein de trucs et j’aime bien découvrir… Là, on est sur Bobbyland, face à des questions : j’ai envie de découvrir, de comprendre… C’est intriguant. J’ai toujours l’impression d’être un gosse qui veut comprendre comment ça fonctionne. Tu écoutes Mahler et tu te demandes « mais comment il fait pour avoir une structure pareille, un son pareil ! » alors c’est vraiment une curiosité. Tu achètes la partition et tu te dis « Ah, ok, il double ici ! » Voilà, c’est ça ! Je ne suis pas théoricien, je suis vraiment bricolo et curieux !

Ta musique, tu la considères comme quelque chose de patrimoniale, comme l’est devenu le rock ou toujours du côté de l’avant-garde ?

Je ne sais pas si on se pose autant de questions… Notre parcours, c’est un amas de culture qu’on a pris comme ça. Comme tout le monde. On n’est pas des intellectuels. On ne défend pas des discours. On défend des activités et des manières de faire avancer notre musique. On ne va pas te parler de paradigmes musicaux. On n’aime pas les grands mots. Tout d’un coup, quelque chose sonne, ça nous intéresse, on a envie de le développer mais on est ouvert à peu près à tout et surtout à prendre notre pied ! Fan de Xenakis, certes, mais une musique où il faut lire un mode d’emploi de 50 pages, c’est emmerdant. Même si je suis abonné aux cahiers d’harmonie… mais écouter la Pléiade, ce n’est pas facile !

Propos recueillis par Lionel DELAMOTTE

Infos pratiques :

Rasim Biyikli est également l’un des membres de Swimming Pool (Nicolas Berrivin ex-Smooth, Antoine Saint Jean ex-Hocus Pocus, Grégoire Vaillant et Eva Ménard de Moongaï, et Warren Monton de Kokomo)
Le Studio d’en haut (Orvault) vous invite à participer au projet Bobbyland(e)s pendant tout le festival.


+ d'articles concerts
La Route du Rock : toutes les chroniques
Les Feux de l’été : When the music starts to burn
Slowdive : catch the breeze
Festival Les Escales : player of the year
Binic Folk Blues Festival : let it Binic

AGENDA

<< Août 2014 >>
LunMarMerJeuVenSamDim
    234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031 
Annuaire des Bars Annuaire des Bars
Gagnez vos places