
CINÉMA
Qu'ils reposent en révolte : s’ils arrivent à bon port
C’est un documentaire dur, comme il est dur (on l’imagine) de se cramer les empreintes digitales avec un clou chauffé à blanc. Sylvain George devait passer trois mois avec les migrants de Calais. Il est resté trois ans. Cet ancien étudiant en philosophie suit, dans un noir et blanc oppressant, le parcours de sans-papiers cherchant à rejoindre l’Angleterre.
Commencé en juillet 2007, Qu’ils reposent en révolte (des figures de guerres I) symbolise un dossier bien inhumain de la politique sarkozyste. Il combine un propos volontiers militant (on invite d’ailleurs les militants UMP à regarder la scène d’ouverture, où les pauvres hères se font pourchasser dans un parc par la maréchaussée) et une audace formelle que d’aucuns jugeront expérimentale. Le cœur du propos reste l’errance, un ennui mortel à traîner dans cette belle ville de Calais et sa fameuse « jungle », démantelée sous les caméras en 2009. Avec une approche philosophique qui s’inspire de Walter Benjamin, un style entre Raymond Depardon (pour la longueur des plans et l’absence de voix-off) et La Haine (pour la crudité du noir et blanc), Sylvain George est définitivement un auteur de talent. Qu’ils reposent en révolte illustre également la force subjective du cinéma dans le cadrage, le montage, le grain. En même temps, ça change des roulements de biceps de nos derniers ministres de l’Intérieur.
Le Cinématographe (sortie nationale le 16/11)
Rencontre avec le réalisateur à l’issue de la projection, le 06/12
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