Le Magazine
Portrait
Charles-Eric Charrier
Charles-Eric Charrier, Oldman rules !
Charles-Eric Charrier est moins un musicien nantais qu’un artiste sans frontières. Que l’on parle de géographie ou de registre musical. Avec Rasim Biyikyli, autre multi instrumentiste éclairé, ils ont mené pendant une décade le duo MAN portés par « le désir de faire une musique pas forcément pour plaire mais pour qui exprimerait ce que l’on ressentait ». Ces autodidactes ont multiplié les aventures musicales et ont accouché de trois albums aux ambiances minimalistes et, se plaçant sur un terrain international et hors-pistes, cousins de certains agitateurs de la scène de Chicago.
Aujourd’hui, guidé par « une envie d’aller vers des choses beaucoup plus personnelles », Charles-Eric reprend sa route en solo et relance les dés en quittant le statut de l’intermittence « par choix autant que par contrainte », sous le nom d’Oldman. Pas pour l’idée d’une forme de maturité post-MAN mais car ce nom « vient d’un rêve avec un vieil homme », dont on ne saura rien. Cette décision semble avoir donné de nouvelles ailes à Charles-Eric qui, « en 1 an et demi, a produit 12 ou 13 enregistrements et des collaborations » sous ce nom. À l’écoute des premières références disponibles et d’autres à venir, on est frappé par le côté dual de la musique d’Oldman, couvrant des registres très variés mais conservant une belle cohérence. « Ces disques fonctionnent à l’unité, mais se répondent par duo ou trio de disques... Une vision globale et synthétique de la chose serait intéressante. Même mon éditrice s’y perd ! » s’amuse Charles-Eric. En effet, on sent cette musique poussée par une démarche instinctive (même s’il est devenu plus « savant » qu’à l’époque de MAN, Oldman garde des vertus de l’autodidacte : le feeling) et l’envie de transcrire des sentiments intimes comme sur Son, father & son, album en tandem avec Thierry Le Coq, où il met à nu sa vie psychique et filiale. Ailleurs, sur Two heads bis bis, on quitte le stress urbain et blanc pour les ambiances animistes de l’Afrique, partageant des vibrations avec de grands maîtres comme Pharoah Sanders. Fasciné dans sa jeunesse par Les Ethiopiques de Corto Maltese puis par la série de disques du même nom, Charles-Eric s’était promis un jour de connaître « la Corne d’Afrique ». Rêve qui devient réalité puisqu’il se prépare à y partir pour une résidence en fin d’année.
Lionel DELAMOTTE
Déjà disponibles deux EP sur Climax Series (« The train of summer’s end » et « Meta pop satori » avec Jérôme Paressant) et « Low Nicotine Addiction » en téléchargement gratuit sur www.hinah.com . À venir, en mai, Two heads bis bis et, en octobre Son, father & son.
www.myspace.com/charlesoldman
www.myspace.com/climaxserie
VOUS AVEZ DIT ETHIOPIQUES ?
Par Charles-Eric CHARRIER
« Ma journée est faite ; je quitte l’Europe. L’air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l’herbe, chasser, fumer surtout ; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux. Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l’oeil furieux : sur mon masque, on me jugera d’une race forte. J’aurai de l’or : je serai oisif et brutal. »
Une saison en enfer, RIMBAUD
« Dis enbwa ! »
Au-delà du Nil, dans la boucle du Godjam quand très tôt le matin, le paysan emmène ses troupeaux au pâturage, sa femme part puiser l’eau, ses enfants ramassent le bois. Chacun dans la famille contribue. Cette terre si Verdoyante est le fruit de son travail. C’est lui qui fournit fruits et légumes, viandes, lait, beurre, céréales. Il est la fierté du pays. C’est notre paysan.
Mahmoud AHMED
... « Et maintenant, buvons le thé, et lui, ton ami, ne dira rien parce que le son de ses paroles trouble le silence du désert »...
Cush, Les Ethiopiques d’Hugo PRATT
