Le Magazine
Scène
DANSE
SHOWPONY
Chorégraphie Trajal Harrell
De nombreux chorégraphes contemporains se revendiquent d’esthétiques et de mouvements chorégraphiques passés, ceux ayant marqué une époque d’un style, d’une recherche sur l’art et sa représentativité... Trajal Harrell est américain. Alors que ses créations sont largement programmées aux Etats-Unis, il commence tout juste à montrer son travail en Europe. Cette année, il est accueilli par trois centres chorégraphiques nationaux français, l’occasion de découvrir un artiste largement influencé par deux courants des années 70/80, le Judson Dance Theater et le voguing. D’un côté, un haut lieu de la danse expérimentale qui considère que tout mouvement, du plus quotidien au plus abstrait, peut être prétexte à la danse. De l’autre, une danse de style et d’exubérance créée dans les milieux gays africains-américains et latino de Harlem sous forme de défilés chorégraphiés excentriques ponctués de poses empruntées aux magazines de mode. Influencé par ces deux fortes esthétiques, Trajal Harell questionne, dans Showpony, le rapport de la reconnaissance même de l’art et du public dans des systèmes de production et de diffusion contemporains.
Solène MORIZEAU
Le Quai (organisé par le CNDC ) – grand studio (Angers), mardi 29 avril à 19h et 20h30.
www.cndc.fr
DANSE
QUE MA JOIE DEMEURE
Cie Fêtes Galantes
La danse baroque n’évoque sans doute pas grand-chose pour vous. Souvenez-vous, les images des films racontant la cour de Louis XIV, ses somptueux bals et ce que l’on a appelé à l’époque la « belle danse ». Aujourd’hui, plusieurs chorégraphes ont choisi de remettre sur scène une danse rigoureuse et hiérarchisée, faite de révérences et de rondes élégantes. En 1993, Béatrice Massin créée la compagnie Fêtes galantes et propose à ses danseurs une écriture originale mêlant les codes d’une danse d’un autre siècle à une esthétique d’aujourd’hui. Elle est actuellement l’une des références françaises de la danse baroque prolongeant son travail d’écriture chorégraphique d’un souci de transmission de son savoir au sein de l’Atelier baroque dirigé par sa compagnie depuis 2003. Sur une musique de J.S. Bach, elle propose avec Que ma joie demeure un spectacle coloré et surprenant de légèreté. Prenant quelques libertés avec les codes du baroque, elle joue avec les plaisirs de la musique et du mouvement dans une partition chorégraphique maîtrisée et précise.
Solène MORIZEAU
Onyx (Saint-Herblain), mardi 6 mai à 20h30.
www.fetes-galantes.com
CIRQUE
Le Matitûbe
Cie Les Hommes Penchés
m.s. Christophe Huysman
En clôture de sa résidence au Grand R (scène nationale de La Roche-sur-Yon), Christophe Huysman, acteur, auteur et metteur en scène parisien, présente une création interprétée par sa compagnie « Les Hommes Penchés ». Le mâtitube utilise un dispositif inédit permettant à trois acrobates de défier la verticalité et la pesanteur. Une petite explication technique s’impose ? Ca vient ! Un mât central est surélevé, soutenu par des pieds. L’agrès aurait des airs de métronome si le mât ne bougeait pas à 360 degrés. Comme au cirque, le public prend place autour de la piste. Cependant, il ne s’agit pas d’un seul spectacle d’acrobatie puisqu’il inclut également le théâtre : les textes de Christophe Huysman sont déclamés au porte-voix, révélant les évolutions de trois saltimbanques dans un espace où le sol n’est plus. Les repères ne sont plus les mêmes, les hommes volent, se déplacent sur tous les axes et ont besoin les uns des autres pour se maintenir en équilibre. « Aérien » est l’adjectif approprié...
Sarah SANCHEZ
Maison de quartier du Val d’Ornay (La Roche-sur- Yon),
le 2 mai à 19h ; Esplanade Jeannie Mazurelle (La Roche- Yon), le 3 mai à 17h30. T. 02 51 47 83 83 et
www.legrandr.com
www.leshommespenches.com
THÉÂTRE
ROUGE DÉCANTÉ
m.s. Guy Cassiers
Sur scène, un seul comédien est filmé par neuf caméras qui projettent son image en direct. Cette mise en scène illustre le langage théâtral multimédia développé par Guy Cassiers depuis 10 ans. Cette fois, ce dispositif met en valeur l’adaptation du roman autobiographique du journaliste et écrivain Jeroen Brouwers. Fils de citoyens néerlandais, il est interné à l’âge de quatre ans dans un camp de concentration japonais pendant la seconde guerre mondiale. Séparés des hommes, les femmes et les enfants survivent. Témoin d’atrocités, il est confronté aux humiliations faites aux femmes. Celles qui sont subies par sa mère le marqueront particulièrement. « Maintenant je veux une autre mère, celle-ci est cassée ». Cette rupture maternelle impliquera des relations complexes avec les femmes. La scène en longueur laisse au comédien un espace de jeu étroit qui contraste avec la taille de l’image vidéo projetée au fond de la scène. L’image du comédien grossie et déformée donne à l’interprétation de Roofthooft (saluée par la critique au festival d’Avignon) une force supplémentaire. L’espace scénique est bouleversé, le spectateur troublé, l’ensemble fonctionne parfaitement.
Roxane HERVY
Le Life (Saint-Nazaire), mercredi 30 avril à 20h30.
www.lefanal.fr ; le lieu unique, les 6 et 7 mai à 20h30.
lelieuunique.com
THÉÂTRE
BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN
de W. Shakespeare
Cie Des 26000 Couverts
Les 26000 couverts sont habitués à déranger les schémas du jeu et du théâtre en investissant la rue et en s’installant là où on ne les attend pas pour créer un décalage subtil avec notre quotidien. Ils développent un théâtre de rue de proximité et cultivent l’art de la perturbation comique et inattendue. Ils ont déjà investi tout un quartier avec Le sens de la visite en s’installant aux balcons, dans les jardins, derrière les rideaux ou sur la place publique pour raconter une nouvelle histoire de ce quartier. Ils ont tenté le challenge de la descente de mobilier en canoë ou du concours de lancer de sapin de Noël dans Le championnat de France de n’importe quoi... Et voilà que la compagnie choisit de s’attaquer à un monstre de l’histoire du Théâtre : Shakespeare ...version 26000 couverts ! Beaucoup de bruit pour rien, comédie publiée en 1600, nourrie de jeux de séductions, de mascarades, de moqueries et de vengeances.
Solène MORIZEAU
Dans le cadre de La Déferlante :
Saint Jean de Monts, jeudi 1er mai à 20h30
Les Sables d’Olonnes, vendredi 2 mai à 21h Saint-Brévin-Les-Pins le 3 mai à 21h.
www.26000couverts.org
www.ladeferlante.com
THÉÂTRE
LE RETOUR
de Harold Pinter
Théâtre du Loup
Le Studio Théâtre présente Le Retour. Non, rien à voir avec Terminator II. Encore que. La puissance. Créée à Londres en 1965, la pièce décrit le retour de Ted, accompagné de son épouse, dans la maison de son enfance, où rien n’a changé, ni les meubles, ni le père, ni les frères. « Je... je suis revenu pour quelques jours » « Ah oui ? Tu es revenu ? » L’occasion pour Harold Pinter de creuser le sillon de son « théâtre de la menace ». Un petit univers tranquille, trop tranquille, parfait pour y larver l’amertume. Des personnages qui se ratent, à moins qu’ils ne s’évitent, qui pourtant se cherchent. Mais chacun se cantonne à son propre registre. Des interférences, bien sûr, des frictions, et même des alliances, mais contre qui, contre quoi ? L’ennemi demeure mal identifié, le péril diffus, mais la menace présente. Le diable est dans les détails, passés à la loupe déformante, et dans les petites phrases sèches de Pinter. D’abord acteur, HP se met vite à l’écriture et rencontre non moins rapidement le succès, dès ses premiers drames, dans les années 60. Il n’a rien perdu de son mordant.
Justine ALRIGHT
Le Studio Théâtre (Nantes) du 15 au 24 mai à 20h30 (sauf les 18 et 19 mai).
T. 02 40 84 31 52.
DANSE
TEXANE
Chorégraphie Claude Brumachon
Vingt ans déjà que la pièce Texane, trois fois primée au concours de Bagnolet, a été créée par le prolifique chorégraphe Claude Brumachon. Cet anniversaire a des faux airs de prétexte pour faire revivre cette pièce majeure du travail de Brumachon, directeur du centre chorégraphique national de Nantes. Texane met en mouvements saccadés et brutaux la vision du monde des adultes que l’auteur avait étant enfant. Texane, c’est aussi le personnage central, une femme partagée entre le rôle de l’épouse mal ou trop aimée, la mère qui n’a pas choisi de le devenir, délaissée, tirée, poussée, dansant entre toutes ces personnalités jusqu’à l’épuisement. C’est au Théâtre Universitaire que Texane, qui a bien dû mûrir depuis, s’offre une seconde jeunesse. Car comme le dit si bien Benjamin Lamarche, l'interprète et complice des créations de Brumachon : « Ce n’est pas l’œuvre qui traverse le temps, non, c’est le temps qui passe à travers elle ». L’occasion pour Benjamin Lamarche de repousser les limites du corps, qui a lui aussi, 20 ans de plus.
Julien PRÉVEL
Théâtre Universitaire (Nantes)
Les mardi 6 et mercredi 7 mai à 20h30
T. 02 40 14 55 17. 7 à 14 €
