Le Magazine
Disques
NOUVEL R
HYBRIDE
(L’R de Rien/ Yotanka/ Discograph)
Après de nombreuses scènes, plusieurs résidences en France et au Mali, le groupe revient avec un premier album, fruit d’un travail acharné de 3 ans. Les 4 rappeurs Geni-K, Sseca, Binzen et Koni creusent les sujets pour nous servir des textes de qualité. Souvent sombres reflets de nos vies, leurs thèmes interpellent les consciences. Le choc des cultures, l’histoire collective, l’ordre mondial, nos facettes humaines, l’espoir intitulé Grain de folie par Nouvel R ! La musique s’y accorde à merveille, obscure, mélodique, électro parfois rock, et même burlesque sur A vendre !. On sent qu’ils ont travaillé leur projet et qu’ils y ont mis du cœur. Leur style est un mélange de Keny Arkana et de Java et rappelle les Parisiens d’Oncle Slam. La résistance pure et simple aux dogmes du libéralisme semble imprégner leur son. La présence de Shen Roc, human beat boxer, de Nico Paï Paï le bassiste et bien sûr de Dj Dox viennent compléter les morceaux et les scènes. Reste à suivre l’évolution de ce jeune collectif plein d’énergie et de talent.
Sista LOKA
www.myspace.com/nouvelr
www.nouvelr.fr
En concert,
vendredi 9 mai
au festival 7e Vague (Brétignolles/Mer)
vendredi 16 mai
à l’Olympic (Nantes) avec DJ Vadim
samedi 24 mai
à Tour de Scène (Angers).
BASSDRUM
CRANES AND BONES
(Avel Ouest/Coop Breizh)
JC, aujourd’hui surnommé Shogun, a connu un bel état de grâce artistique avec les débuts d’Orange Blossom. Parti après leur premier mini album devenu aujourd’hui culte, il a oeuvré longtemps dans Prajna, expérience musicale guère convaincante. Aujourd’hui, il revient avec un nouveau projet très enthousiasmant qui touche l’âme. Avec Bassdrum, entre électro et rock, son cœur balance et son esprit vagabonde habilement entre new wave, pop et rock. Il semble que Bassdrum ait trouvé sa voix avec Valentine. Son chant fait penser à celui de Siouxsie Sioux, à Liz Fraser de Cocteau Twins et autres muses de l’époque 4AD. L’électro joué avec un esprit rock renvoie indéniablement aux Chemical Brothers ou à Underworld, tandis que les programmations des machines font ressurgir les temps forts de la new wave 80’s avec ses réminiscences Human League ou Visage. Pendant ce temps, les guitares tranchantes percutent et transcendent les morceaux. Toujours mélodiques, même dans la distorsion, les chansons sonnent souvent catchy et les moments calmes sont vite bousculés. Ce projet est à suivre de près...
Rachid BARA
http://bassdrum201.free.fr
www.myspace.com/bassdrum909
En concert, vendredi 16 mai au Festival Doumer Show (Nort-sur-Erdre) avec Les Trois Fromages, Holy Mushroom et D Jo.
ULTRA VOMIT
OBJECTIF : THUNES
(Listenable)
Voici une galette qui porte bien son nom. Après Kebabized at Birth et M. Patate, elle a permis aux quatre joyeux drilles d’Ultra Vomit de signer sur Listenable records et de faire leur entrée dans les charts. À la 134e place, mais bon. Car loin du grindcore des débuts, l’album est un concentré de rock parodique tout aussi jouissif que bien foutu. Le résultat est à mi-chemin entre un Fatal Bazooka métallique et un Tenacious D français. Enregistrés au Drudenhaus studio, les 24 morceaux disposent d’un son énorme, qui vient servir une technicité impressionnante. En effet, nos baladins semblent être à l’aise dans tous les styles : de l’hilarante imitation de Lemmy (Quand j’étais petit) à l’auto-parodie (poil de cul), en passant par Machanical Chiwawa, une improbable reprise de Carlos version néo-métal. On retiendra aussi l’intro. de l’album, tout bonnement bluffante. On pourrait juste reprocher à cet album de perdre de son intérêt après deux écoutes, une fois l’effet de surprise passé. Un aspect un peu commercial, donc, qui ne saurait entacher suffisamment cette œuvre blague, qu’on peut tout simplement qualifier d’ « énus ».
Camille VERRON
www.myspace.com/ultravomit
En concert, vendredi 20 juin
au Hellfest (Clisson).
VAMPIRE WEEKEND
ÉPONYME
(XL recordings)
Ils ont l’air de gentils garçons de bonne famille avec leurs petits pulls bien mis, leurs chemises propres... Pas le genre à faire de vagues. Et pourtant les quatre new-yorkais de Vampire Weekend sont LA nouvelle sensation pop ! Tout juste sortis de l’université de Columbia, ils ont encore la tête dans leurs histoires d’amour, de campus : c’est insouciant, frais, naïf. Une musique positive et enthousiasmante, un peu sortie d’on ne sait où. Sur certains morceaux, on verrait assez facilement ces jeunes gens jouer à un bal de promo dans les sixties : orgue cheap, chœurs mélodieux, son désuet... Mais ce qui surprend le plus, ce sont les échos ponctuels de l’Afrique ! Étrangement, se mêlent des rythmes et des inspirations du soukous - genre de rumba africaine - à des mélodies et des sonorités rock, sans jamais virer dans la world. D’autres influences - baroque britannique, gigue irlandaise, rythm and soul - se confrontent dans un univers foisonnant résolument pop. Ce premier disque, bourré de tubes (dont A-PUNK, au clip réussi), est un véritable voyage dans l’espace et dans le temps, déroutant et charmant.
Pierre GOISET
www.vampireweekend.com
www.myspace.com/vampireweekend
En concert, lundi 19 mai au Trabendo (Paris) ; samedi 5 juillet aux Eurockéennes (Belfort) ; dimanche 6 juillet au Main Square Festival (Roubaix).
ALISTER
AUCUN MAL NE VOUS SERA FAIT
(Barclay / Universal)
Quelque part entre Dutronc et Jacno, Alister perpétue la lignée des chanteurs dandy un rien cyniques et blasés. Son album se situe donc dans un registre soft-rock efficace, ménageant les oreilles habituées à la chanson et les sensibilités friandes de guitares électriques. Alister, commentateur de la société qui l’entoure mais aussi de lui-même, dépeint le quotidien d’un kidult un peu bobo, toujours noctambule. Ce qui le distingue de la horde de ses collègues célébrant le trentenaire et ses contradictions, c’est une certaine virtuosité à décrire des instants fugaces, comme dans Désordre : « Merci de ne plus m’embrasser/Je te vois à l’envers/Tu flottes dans mon verre/J’ai laissé tout à l’identique/Ta place est prise dans le lit/Par un magazine touristique ». Les personnages qu’il raconte, on a le sentiment de les connaître et même, on les connaît vraiment. Je suis certain que c’est de mon pote Régis qu’il parle dans Hier soir : « Tu n’te rappelles plus très bien/Ce que tu as fait hier soir/Tu as la marque du caniveau sur la joue/Tu as la marque de 5 ongles juste en dessous/Tu as du rouge à lèvre nulle part/Apparemment, tu as quelque chose à te reprocher ». À moins qu’il ne s’agisse de vous ?
Lionel DELAMOTTE
www.myspace.com/alistermusic
En concert, samedi 12 juillet
au Francofolies (La Rochelle).
KENY ARKANA
DESOBEISSANCE
(Because Music)
Découverte l’année dernière grâce à l’énorme succès de son premier album Entre ciment et belle étoile, à d’excellentes performances scéniques et à des apparitions dans divers conflits sociaux, Keny Arkana est de retour. Suivant le chemin déjà tracé, ce nouveau disque, beaucoup moins accessible que le précédent, est basé sur la thématique de la désobéissance civile. Sur un fond musical toujours aussi diversifié, la rappeuse phocéenne explique en neuf titres les maux d’une société (racisme, exclusion, expulsion ...) dont elle se sent de plus en plus éloignée. Le titre, Le changement résumant à merveille ces propos : la réappropriation de sa vie pour changer son existence. Sans trop tomber dans le jeu de la leçon de morale ou de l’appel à la violence, Keny Arkana signe avec Désobéissance un beau recueil de rage contenue. Avec en guise de (belle) conclusion, Cinquième soleil, un titre calme, domaine dans lequel elle excelle. Bref, un mini album qui annonce un avenir radieux à la marseillaise.
Yannick CORDIER
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HERCULES & LOVE AFFAIR
ÉPONYME
(DFA records / EMI)
En pleine célébration de la disco (30 années sont déjà passées, à transpirer sous la boule à facettes), on ne peut que constater que le genre n’est pas mort et même qu’il est diablement d’actualité. Lancé par un DJ new-yorkais, Andy Butler, Hercules & Love Affair a tout du « super-groupe » : il s’est entouré de chanteurs bien connus de la scène gay underground, tels que Kim Ann Foxman et Nomi mais aussi et surtout le fameux Antony, d’Antony & The Johnsons, devenu tellement hype, qu’il est invité partout (Lou Reed, Björk, Cocorosie, pour citer les plus connus) à y aller de son vibrato si particulier. Ici, c’est d’ailleurs Antony qui se taille la part du lion, prenant en charge les vocaux de la moitié de l’album. Ce sont ses titres qui tirent leur épingle du jeu avec, en tête, un single qui pourrait devenir LE single de 2008, l’épatant Blind. Un truc qui peut autant marcher dans l’intimité de votre salon que sur un dancefloor survolté. Comme les classiques de la disco des origines. Quand on y pense, on a surtout des souvenirs de singles concernant cette époque : fidèle à l’esprit, l’album d’Hercules & Love Affair, c’est avant tout Blind ! Let’s dance !
Lionel DELAMOTTE
www.herculesandloveaffair.com
www.myspace.com/herculesandloveaffair
En concert, dimanche 8 juin
à La Cigale (Paris).
B R OAD WAY
ENTER THE AUTOMATON
(Jarring Effects)
Le music-hall a quelque chose de glaçant avec B R OAD WAY. Loin des paillettes, les stéphanois puisent de leurs machines des sons et des images éthérées et profondément mélancoliques. L’album Enter the Automaton, comme son prédécesseur, est un digipack combinant musique et vjing. Mais l’évolution artistique du trio est évidente. B R OAD WAY sort des ombrages de l’electronica expérimentale pour donner de la voix, ajoutant une couleur pop à sa palette musicale. La métaphore s’applique aussi à la vidéo. Si les mystérieux clips restent composés d’images répétitives du début du siècle, entre ballets austères et archives de guerre, cette fois-ci l’emploi de la couleur renforce la poésie de ces visions en suspens. B R OAD WAY recouvre la voix, faisant entrer Sigur Ros et Radiohead dans le cercle de ses influences. En première partie d’Ez3kiel, eux aussi signés sur le label Jarring Effects, les stéphanois confirment leur appartenance à la scène multimédia. Mais l’atmosphère spleenesque rapproche le groupe d’autres jeunes pierrots lunaires technologiques, comme Belone Quartet ou Archive.
Tim BLIT
www.myspace.com/broadway6am
www.broadway6am.com
En concert, samedi 10 mai
au Divan du Monde (Paris).
THE BLACK KEYS ATTACK & RELEASE
(Nonesuch Records)
Si le rock est de nouveau au goût du jour - en témoigne la forte affluence du dernier festival IDEAL -, il semble que celui-ci cherche un second souffle ; et notamment chez son cousin hip hop, parfois plus inventif. Après les Kills, qui ont collaboré avec Alex Epton de Spank Rock, c’est au tour des Black Keys d’accorder leur confiance à Danger Mouse. Autant dire que l’inquiétude est de mise quand on sait les dégâts causés par l’auteur du Grey Album sur Dreamt for light years in the belly of a mountain de Sparklehorse. Mais la crainte est vite dissipée car Danger Mouse a, cette fois-ci, de bonnes chansons entre les mains. Son travail ne consiste donc qu’à les mettre en valeur et le résultat est plutôt réussi. Les Black Keys s’imposent sous sa houlette comme un étourdissant groupe de classic rock, bien loin du blues crasseux des débuts qui a fait leur succès. Attack & Release propose bien quelques titres incendiaires, mais ils sont éclipsés par des morceaux plus matures, plus pensés comme l’acoustique All you ever wanted en ouverture. La métamorphose du groupe d’Akron est impressionnante et l’on attend désormais de voir comment cela se traduira sur scène.
Yann BOULIC
www.theblackkeys.com
www.myspace.com/theblackkeys
En concert, mardi 27 mai
au Bataclan (Paris).
THE FALL
IMPERIAL WAX SOLVENT
(Sanctuary / Universal)
Présenter un groupe comme The Fall ? Pourquoi pas ? Alors que son leader, Mark E. Smith, est dans sa 50e année et le combo dans sa 30e, la formule reste peu ou prou la même : un son abrasif sorti tout droit des compiles Nuggets, des morceaux volontiers répétitifs comme dans le krautrock, avec des lyrics qui donnent l’impression que le cerveau de Kafka est entré en collision avec celui de Lovecraft ! On retrouve donc ici des chansons sur tous les modes de prédilection de The Fall : la satire sociale (Wolf kidult man, moquant le phénomène des « adulescents »), la chanson marathon (50 year old man, s’étirant sur près de 12 minutes et trois mouvements), la bombinette pop (I’ve been duped, tube en puissance chanté par son épouse, une sorte de Betty Boop grecque) sans oublier le détour par une cover d’un groupe obscur, cette fois-ci Strange Town des Groundhogs... Léger changement de cap, cependant, après deux albums axés sur l’électricité tout azimut, Imperial Wax Solvent retrouve quelques accents plus électro par moments (Taurig), comme sur ses meilleurs albums de la décade en cours. Mark E. Smith scande « I’m a 50 year old man and I like it ! » sur le morceau éponyme : pas de doute, cher Marquis, on te croit !
Lionel DELAMOTTE
www.visi.com/fall
www.myspace.com
goodeveningwearethefall
CAMILLE
MUSIC HOLE
(Virgin / Emi)
On avait laissé Camille sur Le Fil, son précédent album, qui tournoyait autour d’un bourdon, une seule et même note de la gamme de do. On l’avait surtout laissée accumuler les récompenses (Victoire de la musique, Prix Constantin...) et les collaborations (Nouvelle Vague, Murat, le film Ratatouille...) qui l’avaient rapidement imposées comme l’une des artistes féminines les plus audacieuses du pays. Autant dire qu’en ce début d’année 2008, la jeune femme de 30 ans était attendue au tournant. Et nulle déception ne viendra ternir notre impatience. Car Camille revient plus lumineuse que jamais avec Music Hole, un disque éclaté, éclatant, charnel, bilingue, riche... Les qualificatifs manquent tant l’objet est non identifiable. Music Hole, c’est à la fois Björk, Gainsbourg et Rihanna ; un condensé de styles musicaux formidablement déroutant comme sur les titres Gospel with no lord ou Cats and dogs. Bien sûr, cela fait parfois un peu ménagerie pour rester dans la métaphore animale chère à son auteur, mais, comme son comparse Katerine, Camille souffle un formidable vent d’air frais sur un paysage français particulièrement morose.
Yann BOULIC
www.camille-music.com
www.myspace.com/camilleofficial
En concert, mardi 15 juillet
aux Francofolies (La Rochelle).
FOALS
ANTIDOTES
(Transgressive / Universal)
Ils sont quand même fortiches ces Britishs... S’ils passent leur temps à essayer de nous vendre le moindre nouveau groupe comme l’avenir du rock, force est de reconnaître que, dans le cas de Foals, le carton que fait le groupe depuis un an outre-Manche est pleinement justifié. Originaires d’Oxford - comme leurs glorieux aînés Radiohead - nos poulains (« foals » en anglais) piochent dans le meilleur de la musique britannique de ces trente dernières années. On parierait volontiers sur une éducation musicale à base de post-punk et de cold-wave, revitaminée par une bonne louche de Bloc Party et, plus surprenant, assaisonné d’une pincée de math-rock à la Battles. Rajoutez une bonne dose de morgue, de cuivres (trompette, trombone, saxophone - le plus souvent utilisés avec bonheur) et vous obtenez un son vraiment original - et surtout votre comptant de tubes euphorisants (Cassius, imparable, The French Open, Electric Bloom...) Pas de doute, ces petits malins de Foals nous ont bel et bien concocté le meilleur Antidotes à la morosité ambiante.
Damien LE BERRE
www.myspace.com/foals
En concert, jeudi 14 août
à la Route du Rock (St Malo).
SONS DE LIPOMGALIE
MUSIQUES DES MAUGES
D’après la légende, la région des Mauges doit son nom à « Mauvaises gens », comme appelait Jules César, qui n’était pas un tendre, ses habitants à l’époque. Mais les Mauges, outre leur spécialité, les Croquines (des dragées au chocolat) renferment des bonnes gens avec une culture musicale qui ne demande qu’à s’ouvrir. C’est pourquoi l’association Qumran a compilé 17 artistes de talent de la région. Beaucoup (trop ?) de chanson française à guitares, qui n’a franchement rien à envier aux nombreuses daubes que l’on nous impose sur les ondes, bien au contraire. Cette compile regroupe également des artistes plus festifs comme Grand J-Bus, qui n’hésite pas à cracher sur la télévision (le maillon con), et d’autres plus bruyants comme Walter Médor & The Flying Birds, clones de Dionysos, les punks des Tight Fitting Pants. Le rock est donc bien présent en Mauges, avec Anomalie, ou Orphée, plus expérimental, bref cette compilation est un florilège de bonnes surprises et d’éclectisme à mettre dans toutes les oreilles.
Julien PRÉVEL
IO’N
PARIS-PASSAY
(Down Tempo / La Baleine)
On croirait entendre Portishead, tant la voix d’Emeline Leroux ressemble à celle de Beth Gibbons. Mais les Nantais de IO’N ont leur propre identité et des influences se situant plus du côté de Schubert, Brahms, Steve Reich et autres Massive Attack. Paris-Passay, leur premier album, est les point de rencontres sonores et humains. Emeline et le compositeur Sébastien Guérive proposent un mariage réussi entre musique électronique et musique classique, chacune apportant ses propres ambiances et sonorités. Loin d’être contradictoire, leur musique contient une énergie électrique et instaure une atmosphère planante d’une douceur lancinante, dont le meilleur exemple est le sombre titre Darkness. On retrouve par ailleurs une touche orientale sur Cyclique, Massive et Chemin de Verre, qui rappelle fortement Orange Blossom (avec qui a déjà collaboré Sébastien), et pour cause, leur chanteuse Leila a prêté sa voix sur ce titre. On a beau chercher, rien n’est à jeter sur cet album, dont la musique se définirait par l’un de ses titres : Symphony Organique. Il ne reste plus qu’à se résigner à l’écouter en boucle.
Julien PRÉVEL
WHY ?
ALOPECIA
(ANTICON)
Toujours la même question, jamais la même réponse. La dernière de Why ? s’appelle Alopecia, quatrième album du malicieux groupe d’Anticon. L’arrivée de deux musiciens de Fog a bousculé les habitudes artistiques du trio d’Oakland : après avoir fait cheminer hip-hop et pop main dans la main sur les sentiers tortueux de l’expérimentation électro, Why ? affine sa musique. Alopecia se consacre corps et âme à la pop song. Toujours gorgé de ponts mélodiques improbables et de textes poético-absurdes, c’est l’album le moins marqué par le sceau du label Anticon. Ne reste qu’un goût certain pour les mélodies lumineuses et extatiques, et une fidélité au slogan minimaliste less is more. Plus beaucoup de place pour les arabesques bruitistes et le hip-hop incantatoire, vestiges de l’ancien groupe Clouddead. Mais Why ? charme tout de même avec les titres The vowels pt.2 et Song of the sad assassin. Et surtout, une conviction demeure : la pop, c’est toujours plus fun avec du xylophone, du toy piano, des pièces de monnaie et quelques arpèges colorés.
Tim BLIT
MISSILL
TARGETS
(DISCOGRAPH)
Le hip-hop est triste, le hip-hop est dur. Avec Missill, le voilà fluo, explosif et violemment dancefloor. Targets est sa première production, après le mix Mash up, sorti en 2005. Targets : une enfilade de bombes hip-hop, dancehall et techno surgonflées de basses agressives. Au micro, Missill a sollicité du beau monde : le parrain du ragga anglais Dynamite Mc, Blu Rum 13, toujours dans les bons coups, Tez, l’étoile montante du beatboxing français…Tous venus célébrer la grand-messe Missill : un son qui se veut futuriste, à l’avant-garde du hip-hop et de l’électro, taillé pour le dancefloor. Cette kyrielle d’invités et la qualité de la production confirment le goût de Missill pour le hip-hop post-Roots Manuva. Et comment ne pas reconnaître l’influence du grime, du dancehall et du dubstep dans ces beats sophistiqués, ces basses tapageuses ? Seulement Missill ne vise pas toujours dans le mille, et son tube Forward cache aussi quelques featuring maladroits. Mais Targets confirme les talents techniques et la culture hip-hop de Missill, et présage des concerts hauts en couleur.
Tim BLIT
RUBIN STEINER
WEIRD HITS, TWO COVERS & A LOVE SONG
(Platinum / LDA publishing)
Frédérick Landier est un généticien du son. Planqué derrière son pseudo « Rubin Steiner », il nous a habitués à de très bons mariages de styles, notamment de l’électro-jazz hip-hop sur l’excellent Drum Major, paru en 2005. Après cela, il était difficile de faire mieux, alors Rubin a pris le parti de surprendre. Flanqué des membres de son Neue Band, Rubin Steiner ne se cache plus derrière les machines : il dégaine sa voix, sort les synthés, empoigne le manche de sa guitare pour faire s’accoupler électro et rock, rappelant parfois Vitalic (Take your time et For sloy). Ce qui sort de l’éprouvette du frenchie c‘est, comme le dit si bien le titre de l’album, des « tubes bizarres » (l’entraînant Another Record Story), « deux reprises » (A Hit de Smog et Warm Leatherette de The Normal), et une « chanson d’amour », (Can You, avec Mme Douze, déjà sur Que Bonita es la vida (Drum Major)). Su ce nouvel album, Rubin Steiner explore de nouveaux styles en y appliquant son minutieux coup de scalpel, faisant de Weird Hits, Two Covers & a love song une expérience sonore étonnante et rythmée dont lui seul a la formule.
Julien PRÉVEL
IRFAN
SERAPHIM
(Prikosnovenie / Anticraft)
Au vu de la pochette de ce disque, un nom de label nous vient immédiatement en tête : 4AD. Pourtant, c’est bien d’une production locale qu’il s’agit. Du label de Clisson Prikosnovenie plus précisément, qui nous présente le deuxième album du groupe Bulgare Irfan. À la première écoute, si la ressemblance avec Dead Can Dance apparaît comme une évidence, Irfan prouve qu’il n’est certainement pas un groupe qui propose une copie facile de ses influences. Sur ce Seraphim, les Bulgares s’imposent par des mélodies subtiles ainsi que par la force de leur instrumentation. Celle-ci est composée d’instruments traditionnels et médiévaux comme la darbouka, l’oud ou encore le bendir permettant d’établir des liens musicaux entre sonorités africaines, folklore bulgare et musique médiévale. Le tout porté par la voix envoûtante de leur chanteuse Denitza Seraphimova. Celle-ci apporte le mysticisme et l’ésotérisme dont ce genre de musique est coutumier. Au final, une production importante d’un label qui ne l’est pas moins et une œuvre intrigante à découvrir.
Yannick CORDIER
www.prikosnovenie.com
ALAIN BASHUNG
BLEU PETROLE
(Universal)
À l’instar d’un Jean Louis Murat ou d’un Daniel Darc, Alain Bashung nous prouve au fil des albums qu’il est bel et bien au-dessus de la mêlée de la scène française actuelle. Six ans après le très austère l’imprudence, il est de retour avec un album plus accessible mais tout aussi touchant. Sur des textes signés Armand Méliès, Gaétan Roussel de Louise Attaque ou encore Joseph D’Anvers, on retrouve un artiste visiblement libéré de quelques obsessions comme le démontre le premier titre de l’album je t’ai manqué. Mis en musique sur des sonorités folk penchant même vers la country, ce disque est sublimement joué par Matt Ward ou encore le vieux compère de Tom Waits, Marc Ribot. Le tout arrangé de cordes soignées. La grande surprise cependant vient des textes de Gérard Manset dont on signalera particulièrement le Comme un légo d’une durée de neuf minutes. Véritable analyse du monde, il est l’une des pièces maîtresses du disque. En guise de conclusion la reprise des titres Suzanne de Léonard Cohen et il voyage en solitaire de Manset, bref Bleu Pétrole est tout simplement un album magnifique et une nouvelle œuvre majeure d’Alain Bashung.
Yannick CORDIER
