 | Laurent Lafon et Mathieu Berenholc
| | « Merci de ne pas vous abonner à Vice » (prononcez Vaïce à la Ophélaï) : voilà l’anti-offre d’abonnement que l’on trouve dans chaque numéro de ce magazine gratuit, consacré aux cultures alternatives. On retrouve cet humour grinçant dans les différentes rubriques : « dos and don’ts » qui prodigue des anti-conseils de mode, photos à l’appui, « reviews » consacré à des chroniques musicales... Créé en 1994 à Montréal, Vice est désormais implanté dans dix-huit pays dont la France et sera à Nantes, le 6 février prochain au lieu unique, à l’occasion d’un rendez-vous pluriculturel. Interview de Laurent Lafon, publisher et Mathieu Berenholc, rédacteur en chef du magazine. | |
| Pourquoi avoir choisi ce nom ? Mathieu : Parce qu’il sonne bien ! Au départ, c’était un fanzine qui s’appelait le « Voice of Montreal ». Puis, il s’est développé à New York, où il y avait déjà le « Village Voice ». Le « o » est donc tombé. Laurent : Et c’est surtout que le nom est cohérent avec l’esprit du magazine. C’est-à-dire prendre les choses et les tordre, les regarder sous un autre angle. Mais quand on choisit les sujets, on ne cherche pas non plus à savoir si c’est assez vicieux ! Le ton du magazine est plutôt cynique.
Est-ce une manière d’affirmer que les cultures alternatives ne doivent pas se prendre au sérieux ? Mathieu : Oui ! Le journaliste ne doit pas se prendre au sérieux, et le lecteur ne doit pas le prendre au sérieux non plus ! Dans les interviews, les questions dérangeantes permettent de sortir du discours promotionnel. L’artiste dira des choses souvent plus intéressantes, plus drôles... Laurent : Dans notre prochain numéro, il y a un reportage sur les réfugiés Afghans, le ton n’y est pas cynique. On a une manière plus crue d’écrire sur des sujets traités de long en large, comme la mode par exemple.
Qui sont les lecteurs de Vice ? Laurent : On a un lectorat large qui se situe entre 18 et 30 ans. Les sujets de cultures alternatives intéressent les 18-20 ans, et pour la frange de lectorat trentenaire, Vice apparaît comme une cure de jouvence ! Mathieu : Il y aussi des gens plus âgés : l’autre jour, un père policier quadragénaire est venu avec son fils à la rédaction chercher le magazine !
Vice est justement diffusé au compte-goutte (80 000 exemplaires en France)... Laurent : On est victime de notre succès : le magazine disparaît à vitesse grand V. Mais une augmentation des tirages casserait le côté rare de l’objet. Il y a un petit côté collec’ qu’on souhaite conserver.
Le format papier est-il donc un produit d’appel pour le site Internet ? Laurent : Bien sûr. Et inversement. Le magazine et/ou le site permettent aussi de faire connaître différents événements organisés par Vice, comme les soirées Le Rade à Paris, ou encore la carte blanche Vice@LU.
Justement, cette carte blanche propose l’exposition « The Vice Photobook » pour la première fois en France. Pourquoi à Nantes et dans une scène nationale ? Laurent : Parce qu’on n’a pas forcément l’occasion de prendre la parole en région. Le lieu unique nous a proposé l’événement, et nous avons accepté car nous sommes en phase avec ce lieu. Et nous avons d’autres projets en province en cours de préparation.
Pour préparer nos lecteurs à ce qui les attend, quel est l’esprit Vice en quelques mots ? Laurent : Vice parle de sujets et de gens qui n’ont pas forcément de couverture médiatique. On veut se défaire du côté bien pensant judéo-chrétien et mettre les pieds dans le plat ! Mathieu : C’est essayer d’être honnête sans être chiant ! Propos recueillis par CAMILLE RIGOLAGE
Carte blanche Vice@LU, du 6 février au 1er mars, le lieu unique, entrée libre.
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